L'art ou de l'utilité suprême de l'esprit (Anton)


L’inspiration prend racine dans un manque qui veut être comblé ou d'un fardeau qui doit être déchargé. Elle est un gouffre sans fond qui veut être gorgée de création à défaut de l'être par l'objet réel désiré. Une grande partie de la création artistique possède une dimension sublimatoire en tant qu'elle procède par transposition nécessaire d'une forme à une autre.

 Si l'on peut protester en rappelant qu'une approche de la création vue sous l'angle du pur plaisir est possible, on butera malgré tout sur le problème de la nature du désir. Une approche gratuite de la création amènerait avec elle l'idée que nous pourrions agir sans cause précise, faisant apparaître du même coup des besoins développés ex nihilo. En refusant ce postulat, l'expression artistique devient un besoin à part entière aussi nécessaire que n'importe quelle fonction vitale du corps.

 Au même titre qu'il est indispensable de rejeter certains éléments matériels de notre corps pour sa conservation et d'en absorber pour combler ses manques, l'esprit doit aussi exprimer certaines émotions reçues pour ne pas se consumer lui-même ainsi qu'en créer pour combler les vides où il pourrait sombrer. La création prenant ses racines dans le besoin et non dans une illusoire inspiration "géniale", la pseudo-condition supérieure de l’artiste devient donc complètement obsolète.

Ou comment pervertir l’objet de la science (Anton)



Il y aujourd’hui des pseudo-adeptes de la science qui voudraient tout réduire aux paradigmes reconnus. Tout ce qui dépasse des limites établies par un domaine auquel, pour dire vrai, ils ne comprennent rien est par conséquent impossible pour eux. Ainsi, l’on peut placer devant leurs yeux une chose bel et bien réelle mais inexpliquée qu’ils appelleront immédiatement « hallucination » et invoqueront la folie dans le fait d’y accorder quelques crédits que ce soit.

 Il faut voir dans de tels comportements une peur de l’inconnu prononcé coupant à toutes réelles interrogations, c’est-à-dire tout le contraire du tempérament du véritable chercheur scientifique. Quand le scientifique réel essaye de renverser les lois du monde en assumant les conséquences d’un possible changement de paradigme, l’adepte de la science lui se sert des lois scientifiques pour se donner l’illusion d’un contrôle sur les choses.

Il voudrait croire que les limites de son entendement et de ses croyances englobent l’univers et par là qu’il n’y ait rien qui puisse venir troubler sa tranquillité et ses certitudes. La science ayant tué Dieu le père et ses dogmes rassurants, les individus en manque de repère lui font à présent une allégeance quasi religieuse.

Nids de vipère (Anton)




« La vérité sort de la bouche des enfants » Oui, cela par le fait qu’ils n’accouchent que de vipères qui n’ont pas encore muées dans la morale. Leur parole parfois piquante et gênante n’est pas encore écrasée par la doctrine bien-pensante. Leurs questions et leurs affirmations sont libres et innocentes en s‘inscrivant dans l'expression d‘affects purs. La maxime : « L'enfant est un nid de vipère » serait donc plus exacte et même d’une plus grande valeur.