L’inspiration prend racine dans un manque qui veut être comblé ou d'un fardeau qui doit être déchargé. Elle est un gouffre sans fond qui veut être gorgée de création à défaut de l'être par l'objet réel désiré. Une grande partie de la création artistique possède une dimension sublimatoire en tant qu'elle procède par transposition nécessaire d'une forme à une autre.
Si l'on peut protester en rappelant qu'une approche de la création vue sous l'angle du pur plaisir est possible, on butera malgré tout sur le problème de la nature du désir. Une approche gratuite de la création amènerait avec elle l'idée que nous pourrions agir sans cause précise, faisant apparaître du même coup des besoins développés ex nihilo. En refusant ce postulat, l'expression artistique devient un besoin à part entière aussi nécessaire que n'importe quelle fonction vitale du corps.
Au même titre qu'il est indispensable de rejeter certains éléments matériels de notre corps pour sa conservation et d'en absorber pour combler ses manques, l'esprit doit aussi exprimer certaines émotions reçues pour ne pas se consumer lui-même ainsi qu'en créer pour combler les vides où il pourrait sombrer. La création prenant ses racines dans le besoin et non dans une illusoire inspiration "géniale", la pseudo-condition supérieure de l’artiste devient donc complètement obsolète.